L’IMC seul ne raconte pas toute l’histoire du risque de santé lié à l’obésité

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L’IMC seul ne raconte pas toute l’histoire du risque de santé lié à l’obésité
20/05

L’IMC seul ne raconte pas toute l’histoire du risque de santé lié à l’obésité


L’IMC seul ne raconte pas toute l’histoire du risque de santé lié à l’obésité

Peu de chiffres médicaux sont aussi largement connus que l’IMC. On le retrouve dans les dossiers médicaux, les applications santé, les reportages et les campagnes de santé publique, parce qu’il est facile à calculer, peu coûteux à utiliser et utile pour repérer de grandes tendances au sein des populations.

C’est précisément ce caractère pratique qui explique sa longévité. Mais c’est aussi ce qui explique ses limites.

Le problème commence lorsqu’un outil conçu pour le dépistage à grande échelle est traité comme s’il pouvait, à lui seul, décrire pleinement le risque de santé d’une personne. À ce moment-là, la simplicité devient une forme de déformation.

La lecture la plus prudente des preuves fournies est que l’IMC reste utile pour le dépistage populationnel, mais qu’il manque des différences individuelles importantes dans le risque lié à l’obésité, car la répartition de la graisse, la composition corporelle et la santé métabolique expliquent souvent mieux le danger réel. Cela ne rend pas l’IMC inutile. Cela signifie simplement qu’il ne suffit pas à lui seul.

Pourquoi l’IMC s’est imposé aussi fortement

L’IMC s’est imposé parce qu’il offrait une manière rapide et standardisée d’estimer l’excès pondéral dans de grands groupes de personnes. En divisant le poids par la taille au carré, cliniciens et chercheurs pouvaient classer les individus dans de grandes catégories et comparer les tendances dans le temps ou entre populations.

Pour la santé publique, c’est extrêmement utile. L’IMC aide à suivre la prévalence de l’obésité, à identifier des risques au niveau de la population et à guider la planification.

Mais la caractéristique même qui rend l’IMC pratique le rend aussi grossier. Il a été conçu pour simplifier. Et lorsque la question passe de « que se passe-t-il à l’échelle d’une population ? » à « quel est le risque réel pour cette personne ? », cette simplification montre ses limites.

Ce que l’IMC mesure mal

La littérature fournie soutient directement l’idée que l’IMC ne reflète pas correctement l’adiposité corporelle. En clair, il renseigne mal sur la quantité réelle de graisse corporelle d’une personne, sur la part représentée par la masse musculaire, ou sur l’endroit où la graisse est stockée.

Or cela compte beaucoup. Deux personnes peuvent avoir le même IMC et pourtant des corps très différents.

L’une peut avoir davantage de masse musculaire et relativement moins de graisse à risque. L’autre peut avoir moins de muscle, plus de graisse abdominale et un profil métabolique plus préoccupant. L’IMC les classera pourtant de la même façon alors que leur risque réel n’est pas équivalent.

C’est là le cœur du problème. L’IMC voit de la similarité là où la biologie n’en voit pas forcément.

La répartition de la graisse peut compter davantage que le poids seul

L’un des messages les plus forts des preuves fournies est que la répartition de la graisse corporelle prédit souvent mieux l’insulinorésistance et les complications cardiométaboliques que la masse grasse totale à elle seule.

C’est particulièrement vrai pour la graisse centrale ou abdominale, notamment la graisse viscérale. Ce type de graisse est plus fortement lié à l’inflammation métabolique, à l’insulinorésistance, aux dysfonctions cardiovasculaires et au risque de diabète de type 2 que la corpulence globale prise isolément.

La question n’est donc pas seulement de savoir combien de graisse le corps contient. Il faut aussi savoir où cette graisse se situe et comment elle se comporte biologiquement.

Or l’IMC ne répond pas à cette question.

La santé métabolique complique encore l’équation

Un autre concept important des preuves fournies est celui de phénotype métabolique. Les personnes vivant avec une obésité ne sont pas métaboliquement identiques. Certaines présentent davantage d’insulinorésistance, d’inflammation, d’anomalies lipidiques et de risque cardiovasculaire que d’autres.

Cela ne signifie pas que l’on puisse séparer proprement et définitivement l’obésité en catégories « sans danger » et « à risque ». Mais cela veut dire que le risque lié à l’obésité n’est pas distribué de façon uniforme chez toutes les personnes qui partagent une même catégorie d’IMC.

De la même manière, certaines personnes dont l’IMC se situe dans la norme peuvent malgré tout présenter un risque significatif si elles ont un taux de graisse élevé, une adiposité centrale ou une dysfonction métabolique.

C’est là que le raisonnement fondé uniquement sur l’IMC devient particulièrement trompeur.

L’« obésité de poids normal » montre comment l’IMC peut manquer un risque caché

L’un des exemples les plus parlants des limites d’un raisonnement centré sur l’IMC est le concept d’obésité de poids normal. Il désigne des personnes dont l’IMC est normal, mais qui présentent néanmoins un pourcentage élevé de masse grasse ou une obésité centrale.

La littérature fournie soutient que ces personnes peuvent faire face à un risque cardiométabolique accru, voire à un risque de mortalité plus élevé que ce que leur IMC seul laisserait penser.

C’est une alerte clinique importante. Un IMC « normal » n’équivaut pas automatiquement à un faible risque. Dans certains cas, il peut simplement masquer une composition corporelle plus préoccupante.

C’est l’une des raisons pour lesquelles l’IMC peut laisser passer des personnes qui auraient besoin d’une attention particulière, tout en regroupant ensemble d’autres personnes dont le risque biologique réel diffère nettement.

Ce que les spécialistes proposent au-delà d’un raisonnement basé uniquement sur l’IMC

Les revues sur le phénotypage de l’obésité soulignent que les mesures de composition corporelle peuvent améliorer le diagnostic et la planification thérapeutique.

Cela peut inclure une attention portée à :

  • la proportion de masse grasse ;
  • la quantité de graisse abdominale ou viscérale ;
  • le tour de taille ;
  • la masse musculaire relative ;
  • et les marqueurs de dysfonction métabolique.

Toutes les consultations ne peuvent pas s’appuyer sur des outils sophistiqués d’imagerie ou d’analyse de composition corporelle. Mais le point général est que les cliniciens ont souvent besoin de poser plus d’une question.

Au lieu de demander seulement « quel est l’IMC de cette personne ? », l’évaluation la plus utile peut devenir : « quelle est sa composition corporelle, comment la graisse est-elle répartie et quel est son état métabolique ? »

C’est une approche plus exigeante, mais aussi plus fidèle au risque réel.

Faut-il pour autant abandonner l’IMC ? Non

C’est ici qu’une nuance importante s’impose.

Les preuves fournies ne soutiennent pas l’idée qu’il faudrait jeter l’IMC. La littérature continue au contraire de reconnaître sa valeur pratique pour le dépistage à grande échelle et la surveillance en santé publique.

Le problème n’est pas l’IMC lui-même. Le problème est de le traiter comme s’il résumait toute la réalité du risque lié à l’obésité.

Cette distinction est essentielle. L’IMC peut rester un outil de première approche sans être considéré comme le dernier mot.

Pourquoi la pratique ne s’est pas encore complètement affranchie de l’IMC

Si ses limites sont si bien connues, pourquoi l’IMC continue-t-il de dominer ? L’une des raisons est l’accès.

Des mesures plus précises — comme l’évaluation détaillée de la composition corporelle ou de la graisse viscérale — ne sont pas disponibles de manière égale dans tous les contextes cliniques. Elles peuvent exiger du matériel, du temps, des compétences ou des financements que les soins courants ne possèdent pas toujours.

Il existe aussi encore un débat sur la combinaison de mesures qui serait la plus pertinente et la plus réaliste pour remplacer ou compléter l’IMC en routine.

Autrement dit, dépasser la logique de l’IMC seul n’est pas difficile en théorie, mais plus complexe en pratique.

Ce que cela change pour les patients et les cliniciens

Concrètement, une meilleure évaluation du risque pourrait permettre d’éviter deux erreurs fréquentes.

La première consiste à sous-estimer le risque chez des personnes ayant un IMC normal mais une répartition défavorable de la graisse ou une mauvaise santé métabolique. La seconde consiste à supposer que toutes les personnes ayant un IMC élevé partagent le même niveau de danger, indépendamment de leur masse musculaire, de leur adiposité centrale ou de leur fonctionnement métabolique.

Pour les patients, cela pourrait signifier une évaluation plus juste et des conseils mieux adaptés. Pour les cliniciens, cela revient à considérer l’obésité moins comme un chiffre isolé et davantage comme un état biologique hétérogène.

La lecture la plus équilibrée

L’interprétation la plus responsable des preuves fournies est que l’IMC reste un outil utile pour le dépistage à l’échelle des populations, mais qu’il ne capte pas à lui seul l’ensemble des risques de santé liés à l’obésité.

La littérature soutient directement cette conclusion : l’IMC mesure mal l’adiposité, la répartition de la graisse et la fonction du tissu adipeux prédisent souvent mieux les complications cardiométaboliques, et même des personnes ayant un IMC normal peuvent présenter un risque élevé si elles ont beaucoup de graisse corporelle ou une obésité centrale.

Mais il est tout aussi important d’éviter la surcorrection. L’IMC n’est pas inutile ; il est incomplet. Le message le plus solide n’est pas qu’il faut abandonner l’IMC, mais qu’il faut dépasser une pensée fondée sur l’IMC seul.

En définitive, l’avenir de l’évaluation du risque lié à l’obésité dépendra probablement moins d’un chiffre familier unique que des détails biologiques que ce chiffre peut masquer : où la graisse est stockée, comment le corps est composé, et ce que le métabolisme révèle déjà.